Actualité

Une nouvelle étude propose un nouveau vocabulaire pour parler du BDSM

Post image

Une nouvelle étude danoise remet en question l'idée selon laquelle l'homme dominant serait systématiquement dur et autoritaire. Au contraire, cette étude présente la domination comme un phénomène relationnel, dans lequel la responsabilité, la moralité, l'attention et la vulnérabilité jouent un rôle bien plus important que beaucoup ne l'imaginent.

Avatar
Team Zandora
  • 6. avr kl. 17:35
  • 9 minutter

Une nouvelle étude propose un nouveau langage pour parler du BDSM

Une nouvelle étude danoise remet en question l'image stéréotypée et simpliste de l'homme dominant. Elle dresse plutôt un portrait plus nuancé, où la domination n'est pas seulement une question de pouvoir, mais aussi de vulnérabilité, de responsabilité, de confiance, de honte et de la discipline nécessaire pour exercer le pouvoir avec discernement.

Il existe des sujets sur lesquels beaucoup ont une opinion bien avant d’en savoir grand-chose. Le BDSM en fait partie. Et l’homme dominant est peut-être l’un des personnages les plus rapidement réduits à une image simpliste : dur, contrôlant, puissant.

Mais une nouvelle étude danoise montre que cette image est erronée. Non pas parce que la domination n’est pas une question de pouvoir, mais parce que le pouvoir, dans ces récits, s’avère dépendre bien davantage de la relation, de la confiance et de l’attention que ne le laissent supposer les idées stéréotypées. L'étude s'appuie sur 14 entretiens qualitatifs menés auprès d'hommes hétérosexuels dominants au Danemark et examine comment ils se sont initiés au BDSM, comment ils comprennent leur rôle et comment ils abordent les questions de honte, de morale, de consentement et de communauté.

Cette étude s'inscrit également dans un débat plus large sur la manière dont nous comprenons et parlons de la sexualité. Thomas Kjær, PDG de Zandora, déclare :

« Ce que cette étude apporte, c’est un nouveau langage pour parler du BDSM. Elle remet en question l’image stéréotypée et réductrice de l’homme dominant et met plutôt en lumière une réalité plus complexe, où la domination n’est pas seulement une question de pouvoir, mais aussi de vulnérabilité, de responsabilité, de confiance, de honte et de la discipline nécessaire pour exercer le pouvoir avec discernement. »

C’est précisément ce que constatent les chercheurs. Dans cette étude, la domination n’est pas décrite comme un simple exercice de contrôle sur une autre personne. Elle est plutôt décrite comme quelque chose de relationnel. Quelque chose qui naît de l’interaction avec l’autre et qui ne fonctionne que s’il y a de la confiance, de la réciprocité et une capacité subtile à décrypter ce qui se passe au fur et à mesure. Les chercheurs soulignent notamment que les participants ressentent une dépendance vis-à-vis des réactions de leur partenaire, et que la frontière entre « moi » et « toi » s’estompe presque dans certaines situations, au profit d’une présence commune très intense.

Pour Liv Friberg, co-auteure de l’article, c’était justement l’un des aspects les plus surprenants. Elle explique qu’il était étonnant de voir combien de mots les hommes utilisaient pour décrire leurs processus de vulnérabilité sans jamais employer le mot « vulnérabilité ». Selon elle, cela révèle un manque de vocabulaire et de compréhension de l’homme dominant en tant qu’être humain vulnérable.

C'est un point important, car il renverse l'idée reçue. Dans ces récits, la domination n'est pas l'absence de vulnérabilité. Bien au contraire. Plusieurs de ces hommes expliquent que leur plus grande crainte n’est pas de perdre le contrôle de manière dramatique, mais de dépasser une limite, de mal interpréter leur partenaire ou de finir par lui faire du mal. Leur perception d’eux-mêmes comme des personnes bonnes et responsables dans le rôle dominant dépend en grande partie de la confiance et de la reconnaissance de l’autre. Liv Friberg le formule ainsi :

« La seule chose qui séparait leur perception d’eux-mêmes comme des personnes compétentes dans le rôle dominant de celle d’agresseurs, c’était le sourire et la reconnaissance de leur partenaire. Toute leur image de soi reposait entre ses mains. »

Par cette formulation, elle souligne à quel point le pouvoir peut en réalité être perçu comme fragile dans ces relations.

Dans cette étude, le chemin vers le BDSM n’est pas non plus décrit comme simple ou évident. Pour plusieurs participants, il était lié à une profonde réflexion intérieure. Pas nécessairement sur la masculinité au sens strict, mais sur la morale, les limites et la question de savoir ce que signifie réellement être excité par quelque chose qui, vu de l’extérieur, peut ressembler à de la violence ou à une punition. L'étude décrit comment certains ont dû se réinventer et trouver de nouvelles façons de comprendre leur désir avant que celui-ci ne puisse devenir une partie intégrante de leur identité.

Cette expérience se retrouve chez l’un des participants, qui a également été interviewé pour l’article. Il explique qu’il ne luttait pas contre ses idées sur la masculinité, mais surtout contre la morale et les limites. Pour lui, il ne s’agissait pas d’assimiler le BDSM à de la violence ou à des abus, mais plutôt de se demander si la nature de ce jeu pouvait susciter des réflexions sur la limite à ne pas franchir et s’il la gérait correctement.

« J’ai eu de nombreux conflits moraux. J’ai consacré beaucoup d’énergie à trouver la paix intérieure face à la question de savoir si j’étais un agresseur ou si ce que je faisais relevait de la violence. »

Quand quelque chose tournait mal, dit-il, « je m’effondrais complètement ». C’est pourquoi il est essentiel pour lui que la morale et les limites soient bien définies, et que les deux partenaires soient d’accord sur ce qu’ils font.

La honte est un autre thème central. Plusieurs des hommes participant à l’étude décrivent comment ils ont lutté pendant des années contre des désirs liés à la douleur, à la contrainte, au contrôle ou à la punition. Pas nécessairement parce qu’ils voulaient faire du mal à quelqu’un, mais parce qu’ils avaient appris que certains actes étaient répréhensibles, et surtout que les hommes ne devaient pas être violents envers les femmes. Pour certains, le travail a donc consisté à trouver un moyen de faire la distinction entre les agressions et le BDSM consensuel, tant dans la pratique que dans leur propre perception d’eux-mêmes.

Liv Friberg souligne que ces hommes tenaient à être des personnes « bien » et « bonnes ». Ils avaient appris très tôt qu’il était mal de frapper les autres, et surtout les femmes. Comme elle le formule, « les pratiques BDSM ne sont pas de la violence, mais peuvent y ressembler », et c’est pourquoi le fait d’être celui qui agit devient un exercice d’équilibre.

C’est précisément pour cette raison que le consentement et la responsabilité deviennent si déterminants tant dans l’étude que dans les entretiens. Ici, le consentement n’est pas présenté comme une formalité pouvant être réglée une fois pour toutes avec un mot de sécurité et un accord rapide conclu à l’avance. Au contraire, tant la recherche que l’un des participants masculins décrivent une responsabilité bien plus vivante et exigeante. Il s’agit d’être émotionnellement présent, de rester attentif, d’écouter, de ressentir et de décrypter l’autre tout au long du processus.

Il le dit très clairement lorsqu’il qualifie le mot de sécurité de « l’une des fausses sécurités les plus répandues qui soient, si vous voulez mon avis ». Pour lui, il est bien plus important de vérifier régulièrement et de porter son attention sur l’autre personne que d’attendre un mot. Il décrit cela comme une vérification constante, où il lit les réactions et utilise davantage son intuition qu’il n’écoute un mot de sécurité.

Cela correspond à la description faite par l’étude du BDSM comme quelque chose de profondément physique et émotionnellement intense. Les participants parlent de décrypter la respiration, les tensions corporelles, les sons, les mouvements et le regard. Cela remet également en question l’idée que le BDSM est quelque chose de froid ou de mécanique. Au contraire, il apparaît ici comme une forme de présence concentrée, où les deux partenaires sont très intensément tournés l’un vers l’autre.

C'est un aspect qu'il reconnaît clairement. Il dit croire que le BDSM peut contribuer à la guérison tout autant qu'il peut être une pratique sexuelle. Pour lui, c'est « quelque chose de très relationnel et de très profond entre les gens ».

L'étude souligne également que le milieu BDSM représente bien plus que le sexe et le jeu. Pour de nombreux participants, la communauté était un lieu où ils pouvaient apprendre, trouver du soutien, partager leurs expériences et se sentir moins seuls. Ici, la honte pouvait laisser place à la reconnaissance et à la solidarité. Ici, on pouvait parler plus ouvertement et rencontrer d'autres personnes qui comprenaient ses expériences de l'intérieur.

Cette image se retrouve chez l’un des participants masculins. Il décrit comment ce milieu offre une forme de compréhension différente de celle que l’on rencontre dans le monde ordinaire. On évite les petits mensonges sur ce qu’on a fait le week-end, et on peut davantage se sentir accepté tel qu’on est. Comme il le dit, « c’est extrêmement important de se sentir accepté en tant qu’être humain ».

Mais l’étude ne romantise pas cet environnement. Elle montre également une communauté marquée par des hiérarchies, des rivalités et des désaccords. Les participants décrivent à la fois la camaraderie et la compétition, le soutien et les luttes de statut. Il existe également des tensions entre les façons plus traditionnelles et plus modernes d’appréhender la domination, le genre et la responsabilité. En d’autres termes : la communauté n’est pas synonyme d’absence de conflit.

Et c'est précisément cette nuance qui est importante. L'étude ne dit pas que le BDSM est sans risque, ni que tous les hommes dominants pensent ou agissent de la même manière. Il s'agit d'une petite étude qualitative basée sur 14 entretiens avec des hommes hétérosexuels dominants au Danemark, principalement blancs, âgés de 30 à 70 ans, et tous actifs dans le milieu BDSM. Cela apporte de la profondeur, mais ne donne pas une image complète de tous ceux qui pratiquent le BDSM. Comme le souligne Liv Friberg elle-même, la recherche qualitative ne peut pas établir des vérités une fois pour toutes. Elle peut en revanche nous aider à mieux comprendre comment certaines personnes appréhendent leurs expériences et ouvrir la voie à un dialogue plus nuancé.

C'est peut-être là la contribution la plus importante de cette étude. Non pas clore le débat, mais l'enrichir. Offrir un langage plus précis que les vieilles caricatures. Un langage où la domination n’est pas réduite à la force brute, mais comprise comme quelque chose qui englobe également le doute, la discipline, l’attention, la réflexion morale et la dépendance à l’autre. Et dans un débat public sur le sexe, le consentement, la honte et la masculinité, ce n’est en fait pas rien.

Lire l'article de recherche

Vous pouvez lire l'article de recherche complet ici :

The Dominant Man in BDSM, Hegemonic Masculinity and Vulnerable Domination


Top